Genocost est un génocide perpétré pour un gain économique. Les propositions visant à reconnaître légalement le genocost comme un crime économique le définissent comme «un régime de destruction d’une population par l’exploitation économique systémique de ses ressources vitales, la désintégration de ses structures socio-économiques et des dommages durables à son environnement, lorsque de tels effets sont voulus, connus, ou acceptés comme un coût nécessaire du profit ou de la domination géoéconomique». (Wikpedia)
L’expression, qui se réfère au coût humain, social et économique des conflits armés liés à l’exploitation des ressources naturelles en République démocratique du Congo, a été intégrée dans le cadre juridique national. La loi n° 22/065 du 26 décembre 2022 a notamment créé le Fonds National de Réparations (FONAREV), chargé d’aider les victimes de violences sexuelles liées aux conflits et d’autres crimes graves. Ce concept est également soutenu par des organisations de la société civile qui militent pour la reconnaissance officielle et la réparation des souffrances vécues par des millions de personnes.
Le Président de la République et Chef de l’Etat Son Excellence Félix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO et la Première Dame la Distinguée Maman Denise NYAKERU ont rehaussé de leur présence la cérémonie de ce 02.08.2026.
Qu’est-ce que Genocost ? Comprendre le nouveau langage de mémoire et de justice du Congo
Publié : 1er août 2026 à 10h57 BST Mis à jour : 1er août 2026 à 11h01 BST – Le 2 août, la République démocratique du Congo (RDC) commémore Genocost. Aboodi Vesakaran/Unsplash, CC BY – Auteurs: Catherine Maia: Professeure de droit international à l’Université Lusófona (Portugal) et professeure invitée à Sciences Po Paris (France), Sciences Po – Rui Garrido: Ph.D Candidate in Political Theory, International Relations and Human Rights, University of Évora – Déclaration de divulgation: Les auteurs ne travaillent pas pour, ne consultent pas, ne possèdent pas d’actions dans et ne reçoivent pas de financement d’une entreprise ou d’une organisation qui tirerait profit de cet article, et n’ont divulgué aucune affiliation pertinente en dehors de leur poste académique.
Le 2 août, la République démocratique du Congo (RDC) commémore la Journée du Génocide, une journée nationale de mémoire dédiée aux millions de victimes des violences qui ont touché le pays depuis le début de la Première guerre du Congo en 1996. D’abord proposée par la société civile congolaise en 2013, cette commémoration a été officiellement instituée par la loi congolaise en décembre 2022.
Le terme Genocost peut être inconnu de beaucoup de gens en dehors de l’Afrique centrale. Pourtant, en RDC, il est devenu un symbole de plus en plus puissant de la mémoire collective et un cri de ralliement pour la justice. Combinant les mots « génocide » et « coût », il cherche à attirer l’attention sur la souffrance humaine liée à des décennies de conflits armés, tout en mettant en lumière le rôle joué par l’exploitation des ressources naturelles dans le maintien de la violence.
Le concept est apparu à un moment où l’est de la RDC était — et reste — pris dans des cycles d’insécurité. Des groupes armés continuent d’opérer, y compris dans les régions riches en minéraux, tandis que les civils subissent le poids de la violence et que des millions de personnes ont été déplacées. Dans ce contexte, Genocost est devenu à la fois un puissant moyen de mémoire et une revendication politique pour la reconnaissance.
Mais qu’est-ce que ça veut exactement dire, et peut-on le comprendre comme une catégorie juridique en droit international ?
Pourquoi le 2 août compte?
Le choix du 2 août n’est pas accidentel. Il marque le jour où la deuxième guerre du Congo a éclaté en 1998.
Souvent décrite comme « la guerre mondiale de l’Afrique », elle a transformé une crise régionale en l’un des conflits les plus meurtriers des temps modernes.
Bien que les estimations varient, on pense que des millions de personnes sont mortes à cause directe ou indirecte des conflits qui ont touché la RDC depuis le milieu des années 1990. Ces morts sont dues non seulement à la violence directe, mais aussi aux maladies, à la faim et à l’effondrement des services essentiels, souvent à la suite de déplacements.
Ces dernières années, les autorités congolaises, en s’appuyant sur les initiatives de la société civile, ont transformé l’anniversaire en une journée plus large de mémoire pour les victimes de la violence liée aux conflits. La commémoration reflète une volonté croissante de préserver la mémoire collective et d’obtenir une plus grande reconnaissance des souffrances endurées par les communautés congolaises.
Pourquoi le concept de Genocost a-t-il émergé ?
Les origines du concept se trouvent dans les longs et dévastateurs conflits armés que la RDC a connus pendant près de trois décennies. Bien que leurs causes soient complexes, le contrôle et l’exploitation des ressources naturelles ont joué un rôle important dans le financement et la prolongation de la violence. L’est de la RDC contient d’importants gisements de coltan, cobalt, or, étain et d’autres minéraux stratégiques essentiels pour les industries mondiales, y compris l’électronique et les technologies d’énergie renouvelable.
Pendant des décennies, les rapports des Nations Unies, les études académiques et les enquêtes des organisations de la société civile ont documenté comment les groupes armés, les réseaux criminels et les acteurs régionaux ont tiré profit de l’extraction et du commerce illicite de ces ressources. Dans de nombreux cas, la compétition pour le contrôle des zones minières a alimenté la violence et contribué à une instabilité régionale plus large.
C’est dans ce contexte que Genocost a pris forme. Ses partisans soutiennent que les souffrances endurées par les communautés congolaises ne peuvent être comprises uniquement à travers les prismes conventionnels des tensions ethniques, des rivalités politiques et des confrontations militaires. Ils soutiennent que la prédation économique — et en particulier la concurrence pour les ressources naturelles — a également été un moteur majeur de violence. Genocost met ainsi en avant l’immense coût humain des conflits liés aux ressources.
Lorsque les minéraux alimentent la violence
Un des aspects les plus distinctifs du concept de Genocost est qu’il attire l’attention sur la destruction des moyens de subsistance et les conditions nécessaires à la survie, plutôt que seulement sur le meurtre direct.
La violence dans les zones de conflit ne se limite pas aux massacres. Des communautés entières peuvent être progressivement affaiblies par les déplacements forcés, la perte d’accès à la terre, la destruction des économies locales et la perturbation des services essentiels. Tous ces processus peuvent réduire leur capacité à survivre et à reconstruire leur vie.
Cette perspective est particulièrement pertinente pour la situation dans l’est de la RDC. Dans les zones touchées par les conflits, l’accès aux terres agricoles, à l’eau, aux soins de santé et aux opportunités économiques est souvent très limité. Les déplacements répétés et l’insécurité persistante affaiblissent encore les communautés et freinent les efforts de récupération et de reconstruction.
Les partisans du concept de Genocost soutiennent que ces réalités doivent être vues non seulement comme des conséquences de la guerre, mais comme des composantes intégrantes de systèmes d’exploitation et de domination. Selon eux, la recherche de gains économiques peut créer des conditions où la souffrance humaine à grande échelle est tolérée et, dans certains cas, devient rentable.
Qu’on accepte ou non cette interprétation dans son ensemble, elle met en lumière une dimension importante des conflits contemporains : les intérêts économiques et la violence sont souvent liés.
Le génocide est-il un concept légal ?
La notoriété croissante de Genocost soulève une question juridique importante : est-ce que Genocost peut entrer dans la définition légale du génocide selon le droit international ?
Le génocide est l’un des crimes les plus graves reconnus par le droit international. Selon la Convention sur le génocide de 1948 et le Statut de Rome de 1998 de la Cour pénale internationale, il comprend certains actes interdits — comme tuer, causer de graves dommages corporels ou mentaux, et imposer délibérément des conditions de vie destinées à provoquer la destruction physique d’un groupe — commis avec l’intention spécifique de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux.
Cette exigence est cruciale. Les tribunes internationales ont constamment souligné que le génocide se distingue des autres crimes internationaux par cette intention spécifique. Le fait que les atrocités entraînent des conséquences catastrophiques ne suffit pas : il faut démontrer que les auteurs avaient l’intention de détruire un groupe protégé en tant que tel. C’est là que les tentatives d’inclure Genocost dans la définition juridique du génocide rencontrent des limites importantes.
L’exploitation économique, aussi nuisible soit-elle, ne constitue pas automatiquement un génocide. Des individus ou des groupes peuvent commettre des crimes graves pour le profit sans avoir l’intention spécifique requise par le droit international. À l’inverse, un motif économique n’exclut pas l’intention génocidaire : les deux peuvent coexister.
Cela ne signifie pas que les actes liés à la prédation des ressources échappent au droit international. Selon les circonstances, ils peuvent constituer des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité ou un génocide, à condition que les exigences légales pertinentes — y compris, pour le génocide, l’intention spécifique de détruire un groupe protégé — soient établies.
Interpréter la définition du génocide de manière trop large pourrait nuire à la précision du droit pénal international et brouiller les distinctions entre différents crimes internationaux. L’importance juridique particulière du génocide réside dans ses éléments précisément définis, surtout l’exigence d’une intention spécifique.
Genocost reste donc, du moins pour l’instant, un concept politique, mémoriel et analytique plutôt qu’une catégorie de crime autonome reconnue par le droit international.
Un outil puissant pour la mémoire et la reconnaissance
Pourtant, ces limites légales ne diminuent pas l’importance plus large du concept de Genocost.
Une de ses fonctions principales est de fournir un cadre pour le souvenir. Pour de nombreux citoyens congolais, ce terme offre un langage à travers lequel des décennies de souffrance peuvent être reconnues et rappelées. Il reflète le désir de s’assurer que les victimes ne soient pas oubliées et que l’ampleur de la tragédie attire l’attention internationale.
Le concept remet aussi en cause les récits qui réduisent les conflits en RDC à de simples tensions ethniques. En mettant l’accent sur leurs dimensions économiques, il invite à réfléchir de manière plus large sur les facteurs structurels qui contribuent à la violence.
Dans ce sens, Genocost peut être situé dans une tendance mondiale plus large à reconnaître les formes historiques et contemporaines de souffrance collective. Partout dans le monde, de nombreuses sociétés ont développé des concepts et des pratiques commémoratives pour préserver la mémoire des atrocités et honorer les victimes.
La mémoire, après tout, ce n’est pas seulement le passé. Il s’agit aussi des valeurs que les sociétés choisissent de défendre dans le présent.
Au-delà du souvenir : un avertissement pour l’avenir
L’importance de Genocost va au-delà de la commémoration.
Le concept sert aussi d’avertissement sur les risques liés aux conflits alimentés par les ressources dans un monde de plus en plus interconnecté. Alors que la demande mondiale en minéraux stratégiques continue de croître, les questions autour de l’approvisionnement responsable, de la responsabilité des entreprises et de la prévention des conflits deviennent de plus en plus cruciales.
Les organisations internationales, y compris les Nations Unies, reconnaissent que les atrocités de masse n’apparaissent que rarement soudainement. Elles sont souvent précédées par des formes d’exclusion, de dépossession, d’exploitation et de violence structurelle qui affaiblissent progressivement les communautés et augmentent leur vulnérabilité.
En attirant l’attention sur ces dynamiques, Genocost encourage une approche préventive. Cela rappelle aux décideurs politiques, aux institutions internationales et aux acteurs de la société civile que la paix ne peut pas être obtenue uniquement par des moyens militaires. S’attaquer aux intérêts économiques et aux structures qui entretiennent la violence est tout aussi essentiel.
Pour de nombreux citoyens congolais, la commémoration ne consiste pas seulement à se souvenir des morts. Il s’agit aussi d’exiger reconnaissance, responsabilité et une plus grande attention internationale envers la violence qui a trop souvent été ignorée.
Le 2 août, alors que la RDC commémore la Journée du Génocide, le débat autour du concept devrait se poursuivre. Qu’il finisse ou non par influencer la pensée juridique, son message général reste clair : derrière des termes abstraits comme « minéraux de conflit » et « déplacement » se trouvent des vies humaines et des communautés dont la souffrance mérite d’être reconnue.
Se souvenir de ces vies n’est pas seulement une question de justice pour le passé. C’est aussi une étape nécessaire pour éviter que des tragédies similaires se reproduisent à l’avenir.
